Le beau compte de faits

Si on devait s’en tenir aux deux minutes d’information du journal télévisé de FR3 Aquitaine du 16 février dernier à propos de l’événement fâcheux qui nous est tombé dessus l’autre jour, on pourrait se croire  au pays des bisounours ou dans un conte de fée dont la baguette magique et la poudre de perlinpimpim auront permis de reloger et réinstaller en quatre jour à peine deux médecins, cinq infirmier-e-s, une ostéopathe, une psychologue, un podologue et une diététicienne dans une sympathique bâtisse du XIIIème siècle.

Les journalistes aiment les contes de fée, c’est facile à raconter, çà se termine toujours bien et puis, à coté des tragédies de Syrie, des infanticides par viol ou par défaut de vaccination, et des hypothermies mortelles dans les portes cochères des grandes villes, çà restaure la bonne humeur des téléspectateurs entre la soupe et la salade. Et voilà ce que cela donne :

…une histoire gentille dans un décors arrangé avec un scénario organisé et une morale simpliste, version bibliothèque rose facile à retenir.

Il existe pourtant une version intégrale, plus longue et plus dure à décrypter, riche de faits encombrants et chronophages mais garants d’une réflexion complète sur un tel événement. Les journalistes de FR3 Aquitaine, restés plus d’une heure avec nous dans les nouveaux locaux, l’auront bien compris mais ont choisi,  dans la contrainte de leur journal télévisé du soir, de vous en conter uniquement la forme et l’apparence.

Pour avoir vécu l’histoire, je préfère du coups vous en compter ici le fond et les faits.

Attardons nous d’abord un peu sur tous les acteurs de ce reportage, tous authentiques bien sur, dans l’ordre d’apparition à l’écran :

– d’abord la structure et son bandeau noirci : précisons que cette structure dont chaque professionnel était jusqu’à présent individuellement locataire est devenue depuis deux ans la propriété d’une municipalité qui, bien lui a pris, a fait le choix d’investir toute sa confiance dans une association en prévoyant prochainement d’en faire son locataire unique; précisons que cette structure est une maison de santé, et non un pôle de santé (je vous raconterai plus tard pourquoi la différence est de taille), composée de 6 bureaux, une salle de réunion et un studio d’accueil pour étudiant, autant de surfaces qu’il a fallu caser dans les locaux a priori non adaptés de la mairie.

– ensuite le Maire, Philippe LATRY, présenté dans tout son dynamisme, parce qu’il n’a pas hésité une seconde à libérer son bureau, déménager son conseil, convoquer un plombier en moins de quarante huit heures et monopoliser toute son équipe municipale, des agents communaux aux secrétaires et à bon nombre de conseillers, pour permettre la pérennisation d’une offre de soins non seulement sur sa commune mais aussi sur le canton, complètement en phase avec nos statuts associatifs

– puis le Dr Pierre TORTOSA, un des pilliers de cette association, d’abord parce qu’il en est le trésorier mais aussi parce que c’est le remplaçant sur qui peuvent compter en permanence les deux médecins chaque fois qu’ils sont en vacances, en formation ou en maladie. C’est un luxe rare pour les patients, et c’est indispensable pour l’équilibre des professionnels qu’il remplace.

– puis le Dr Catherine SILLET, l’autre pillier, discrète et efficace dans son sens de l’organisation, qui m’accompagne depuis huit ans dans l’aventure du Pôle Santé et qui a sacrifié ses vacances pour assurer cette transition

– je passe sur moi et reviendrai plus bas sur ce qui a été dit de bien plus interessant mais qui n’a pas été choisi pour le reportage; je suis néanmoins content de m’entendre dire à l’écran que la municipalité a parfaitement respecté notre souhait de reproduire à l’identique notre mode de fonctionnement

– parait aussi Mme Hélène GOUHIER, une des cinq infirmièr-e-s qui ont perdu beaucoup de leur matériel dans ce sinistre et qui ont sans discontinuité assuré les soins programmés pendant les quelques jours de carence du déménagement

– les patients enfin, ceux présents au moment du reportage, dont je tairai bien sur l’identité (ils se reconnaitront) et qui ont accepté de jouer ces quelques scènettes et qui, dans leur origine géographique très différente, illustre parfaitement ici l’idée que le travail des professionnels d’une maison de santé est bien intercommunal.

– manque à l’écran les 4 autres infirmier-e-s, la psychologue Audrey TORRENT et la diététicienne Marine LAILHEUGUE, venues quand même assurer des consultations les lundi et mardi au milieu des cartons et des bruits de perceuses.

– manquent aussi quelques artisans, commerçants ou commerciaux compatissant venus avec leur expérience et leurs matériels pour livrer et déplacer les lourdes tables d’examen, venus créer d’indispensable point d’eau pour continuer de soigner correctement, ou même venus permettre en deux coups de cuillère à pot le transfert d’une ligne téléphonique qui aurait mis quelques semaines.

– manquent aussi un interne des hopitaux reconverti pour l’occasion en convoyeur déménageur, et un usager de soin qui a prêté généreusement son huile de coude et son véhicule ainsi qu’une femme de ménage courageuse qui voit ses surfaces de travail triplées

– et devrais je rajouter, la patience et le sang froid de nos télésecrétaires qui ont tenté de guider les usagers, reprogrammer les rendez vous et réguler les éventuelles urgences de soins primaires durant cette interruption inopinée de nos activités respectives.

Concentrons-nous maintenant sur les messages de ce reportage.

Bon, le message de base le plus simple et le plus évident à retenir est :

On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

La variante pourrait être : ne comptons que sur nous, que sur notre volonté et que sur notre énergie pour choisir, décider et avancer. De ce point de vue, aucun doute,  de la mairie aux professionnels, tout a fonctionner à merveille pour aller vite, bien et efficacement.

Cinq heures après le début du sinistre, une réunion était organisée chez M. le Maire pour décider des meilleurs choix à prendre.

Il a bien fallu mettre dans la balance la nécessité des bonnes surfaces et des accès extérieurs et intérieurs, l’urgence d’une réinstallation rapide des meubles, des réseaux informatiques et des réseaux téléphoniques pour faire ce bon choix.
L’avantage d’avoir très vite quatre bureaux bien chauffés, avec isolation phonique correcte et points d’eau, une salle d’attente et des toilettes, et un parking suffisant pour assurer le turn-over des véhicules des usagers et des soignants, l’a emporté sur l’inconvénient d’avoir un escalier (plutôt doux et avec pallier intermédiaire) pour accéder à trois des bureaux.
Il a bien évidemment été décidé qu’en cas de nécessité, l’accès du bureau médical du rez-de-chaussée serait réservé aux personnes impotentes, pour les soins médicaux des deux médecins et éventuellement aussi pour les soins paramédicaux, infirmiers en particulier.

Bref, un vrai miracle de décisions concertées et d’organisation pour fonctionner à nouveau presque normalement cinq jours plus tard.
Comme par exemple le miracle de convoquer en quarante huit heure un plombier capable de nous installer un point d’eau supplémentaire à l’étage avec eau chaude et vidange. Qui dit mieux ?

Un vrai miracle qui doit nous faire penser à un autre message  :

Aide toi et le ciel t’aidera.

Là çà me gène un peu parce que le ciel, à part la chance d’avoir une journée sans pluie en ce lundi 12 pour déménager de gros meubles sur le pick up des employés municipaux, on ne l’aura pas trop vu ni trop entendu.
Nous nous sommes effectivement tellement bien aidé nous-même que le ciel aurait dû réagir, ce ciel qui gouverne les destinées sanitaires de territoires.
Je parle bien sur, vous l’aurez compris, de l’Agence Régionale de Santé et en particulier de sa délégation territoriale des Landes, qui poursuit son habitude de nous ignorer et n’a donc émis aucun signal de compassion à l’encontre d’un risque avéré d’interruption de couverture sanitaire sur ce bout de canton. Mais nous savions déjà tous ici que cet adage ne s’appliquait pas dans l’histoire de notre projet associatif.
Notons quant même l’empathie d’un message préfectoral transmis à notre maire le jour du sinistre. Ouf ! Un coin de ciel pourra donc rester bleu.

Enfin, l’évocation du conte de fée renvoie naturellement à sa fin systématiquement béate :

Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.

Là, évidemment, c’est plus compliqué.
En mode bisounours, après la pluie, la moindre éclaircie devient du beau temps, après le malheur, le moindre sourire devient un vrai bonheur et après le temps des sacrifices, la moindre générosité devient de la profusion. Et que sonnent donc les cloches et les carillons.
En mode ouvrons les yeux, c’est quand même oublié facilement que les nouvelles conditions d’accueil du Pôle ne permettront pas le mode de fonctionnement symbiotique qu’il avait appris à gérer depuis quelques années et c’est oublié qu’à tout moment, si nous n’y prêtons pas garde tout au long des longs mois à venir dans notre nouveau château, ce sera plutôt l’ombre de l’indifférence, de la démotivation et peut-être celle de quelques divorces qui risque de planer sur nos têtes.
Et puis, s’il y a quand même déjà un bébé, le pôle santé et tout son projet associatif, tous les autres projets qui étaient en gestation dans nos têtes, dans nos statuts et nos règlements, sont pour quelques temps en mode pause.

On espère donc vous en dire plus dans quelques mois.

The end

… 

To be continued